Naissance de la société

En cette fin de 19e siècle, la constitution d’une société musicale est pour un village comme Reignier, un événement culturel de première importance.

La notion de loisirs n’existe pas dans une société rurale entièrement tournée vers le travail et la subsistance économique. La fanfare devient donc un de ces lieux (avec les pompiers, la fruitière ou la société de chasse), de convivialité masculine, d’échanges des idées et d’expression politique.

Ainsi nait la fanfare de Reignier sous le vocable : Le réveil.

Attesté par la 1ère bannière et les statuts sous seing privé, conservés dans les archives de l’harmonie.

Ces derniers datés du 17 octobre 1880 ont été précédés d’un règlement provisoire. Le ton est donné avec la devise : Fraternité – Harmonie.

 

La 1re production en public

 

Le 22 août 1880, à l’occasion de la fête de la société Philanthropique de Reignier (secours mutuel), le bourg s’est transformé en une véritable ville pour cette solennité patriotique : arc de triomphe, guirlandes, drapeaux, couronnes et défilé. Au banquet, regroupant pas moins de 250 convives, la musique d’Annemasse, la chorale de Monnetier-Mornex sont venues prêter leur concours à « la petite fanfare de Reignier, encore naissante, mais qui sait déjà se faire apprécier grâce à l’intelligente direction de son habile chef P. Sachetti ». 

 

Mais qui est cet italien talentueux qui vient diriger la destinée de la petite fanfare de Reignier ?

 

Monsieur Sacchetti arrive à la fanfare de La Roche en 1879. Il est compositeur, premier violon de l’orchestre du tsar de toutes les Russies. « Les leçons de musique sont données gratuitement à la mairie, comme les coups de canne à l’italienne sur l’échine des élèves, quand les demi-tons des bémols et des dièses n’entrent pas dans la tête des élèves ».

Il met ses talents à disposition de la jeune société musicale de Reignier qui vient tout juste de se constituer. 

 

Quelques interrogations ?

 

Mais comment une fanfare peut-elle la même année officialiser son existence (statuts) et se produire en public ? On n’apprend pas la musique en quelques semaines voir quelques mois; sans compter qu’il faut acheter les instruments et par conséquent réunir des fonds ! On peut donc supposer que les cours de musique ont démarré avant 1880 avec M. Sachetti ou un autre instructeur. La constitution d’un règlement intérieur antérieur aux statuts va dans le sens de cette analyse. On pourrait aussi imaginer que des renforts de musiciens de La Roche sur Foron, également sous la baguette de Sachetti, permettait à la jeune fanfare de Reignier de se produire en public.